Nous arrivons au terme de cette aventure. Le feuilleton de l'été que nous avons été heureux de partager avec vous se termine.

C'était mon troisième voyage au long cours à vélo, le premier pour Huguette. Elle s'est fait deux frayeurs pendant le voyage, la première en traversant les tunnels des Portes de Fer en Serbie, la seconde en roulant 40 km dans Istanbul. Nous pouvons tous la féliciter pour son courage et sa volonté sans faille d'aller jusqu'au bout. Parcourir 4400 km, dans des conditions climatiques parfois difficiles, n'est pas évident. Nous avons connu trois semaines de pluie et de grande fraîcheur, puis sans transition, la canicule était là. Si les routes sont belles et agréables en France, Suisse, Allemagne et Autriche, elles le sont beaucoup moins dans les pays de l'Est. Plus nous avancions et plus elles devenaient difficiles, voir impraticables. À cela, il faut ajouter les difficultés du relief des Balkans. Huguette, tu mérites ton diplôme de cyclo-randonneur !

L'an dernier, j'avais découvert à vélo, le Nouveau Monde en traversant à vélo le continent américain. Cette fois, c'est notre vieille Europe et plus particulièrement les pays de l'Est que nous avons voulu découvrir.

Les régions et pays traversés

La France a la particularité de posséder beaucoup de régions. Les pays de Loire, le pays Berrichon, la Bourgogne, la Franche Comté et l'Alsace sont bien différentes les unes des autres. Nous avons trouvé les Francs-Comtois les plus sympas et les plus ouverts. Ils sont suivis de très près par les Bourguignons. Les automobilistes français, quelle que soit la région, ont un point commun : ils n'aiment pas les cyclos. Ils klaxonnent en permanence pour nous mettre dans le fossé ! Le conducteur suisse est peu différent, il se comporte comme l'automobiliste français. En Allemagne, c'est tout le contraire, l'automobiliste respecte les cyclos. Les allemands possèdent une véritable culture du vélo. Les routes dédiées spécifiquement à la petite reine sont pléthores. Les allemands parlent anglais qu'ils s'agissent des citadins ou des gens à la campagne. Les autrichiens sont plus réservés et parlent peu l'anglais à l'exception des jeunes de la capitale à Vienne. Dans les pays de l'Est tout est différent. La pratique du vélo est quasi nulle. Le cycliste est considéré comme celui au plus bas de l'échelle sociale. Aussi, rien n'est fait pour lui, il n'y a aucune piste cyclable, aucune bande de sécurité sur les voies. Cela ne fait pas bien d'être cycliste dans les pays de l'Est. C'est tout le contraire en Allemagne et en Autriche, le vélo a le vent en poupe. Sa pratique se fait par toutes les catégories sociales et par toutes les générations.

Le niveau de vie dans les pays de l'Est

Quarante cinq ans de dictature communiste et d'économie planifiée ont fait prendre aux pays de l'Est un retard difficile à combler si on les compare à la

France ou à l'Allemagne. Il y a tant à faire pour consolider le réseau routier, améliorer l'habitat, remplacer ou moderniser les usines vétustes, embellir les villes, développer le commerce et l'artisanat. Cela n'enlève en rien la qualité des hommes et des femmes qui sont ouverts et chaleureux. Ils nous l'ont témoigné pendant tout le voyage. Des pays visités, la Hongrie semble être le pays le plus avancé et la Bulgarie le plus en retard. La Roumanie que nous n'avons pas visitée doit être au même niveau que la Bulgarie.

La Turquie

C'est le pays qui nous a le plus étonné par son dynamisme. Nous n'avons traversé que le Nord du pays. Probablement, côté Asie, c'est différent, mais le peu que nous ayons vu nous a vraiment bluffé. Le réseau routier, l'industrie, le commerce, la modernité des villes, tout est là. Le pays a peu de choses à envier au pays de l'Ouest si ce n'est peut être la démocratie. Ici, elle est encore trop balbutiante. Nos contacts avec la population montrent que le président Erdovan est loin de faire l'unanimité dans le pays.

La barrière de la langue

Dans les pays de l'Est, l'anglais est peu parlé. Nous faisions l'effort d'apprendre au minimum 3 mots dans la langue du pays traversé : bonjour, au revoir, merci. Cela facilitait le contact. Nous nous rappelons des mots pour les deux derniers pays traversés. Bonjour : Dobar Den en bulgare, Melhaba en turc. Au revoir : Dovigdané en bulgare, Gule gule en turc. Merci : Blagodaria en Bulgare, Teskur Ederin en turc. Malgré la barrière de la langue, les gens faisaient l'effort de nous aider. On en est loin d'en faire autant en France.

La chaleur

Elle a été quasi permanente après que nous ayons rejoint le Danube. Mais curieusement, ce n'est pas sur le vélo que nous avons souffert le plus de la chaleur, mais au bivouac. A vélo, à partir de 15 km/h, un vent relatif lié à la vitesse, ventile et refroidit le corps. A l'arrêt, c'est bien plus difficile, il nous fallait vite nous réfugier dans un endroit ombragé.

Les rencontres

Le voyage à vélo est propice aux rencontres. Les cyclos inspirent une certaine sympathie, nous avons encore pu le vérifier au cours de ce périple. Nous sommes allés vers les gens mais ces derniers venaient aussi spontanément vers nous. Nous n'oublierons pas ceux que nous avons rencontré sur la route et ceux qui nous ont ouvert leur porte : la gérante du camping de l'Océan à Muzillac, Romuald et Laetitia du camping Loire et Châteaux à Bréhémont, Jean du camping municipal de Gracay, pour leur accueil et la gratuité de leur camping. Alain et son épouse en tandem, croisés à Nevers ils se rendaient à destination de La Baule. Ils avaient souffert sur l'eurovélo 6 à cause d'un fort vent de face.

Bruno le cyclo de Troyes, le robouteux diplômé, rencontré au camping de St Martin sur Loire. Il a promulgué à Huguette des conseils et des mouvements à réaliser pour soulager ses douleurs cervicales. Peter et Trudy, un couple hollandais pour la gratuité de leur camping et leur don à l'association. Jackub le cyclo Tcheque, pour son don spontané au bord de la route à Decize. Max, que nous appelions "le petit Max sur son grand vélo". Parti de Nantes en direction de la Mer Noire, nous l'avions rencontré au camping de St Martin sur Loire, puis en Allemagne. Max avait beaucoup de mérite car il avait un vélo peu adapté à la randonnée et au transport de lourds bagages. Nous avons gardé le contact avec lui pendant tout notre périple et le sien. Francis et Jacqueline de Monbéliard qui, malgré notre appel le jour même, n'ont pas hésité à nous héberger. Francis attend avec impatience que Jacqueline soit à la retraite pour réaliser lui aussi des voyages au long cours en vélo. Sylviane et Alain qui se sont absentés de leur vignoble de Nuits St Georges pour venir à notre rencontre à St-Jean de Losnes et nous offrir un super dîner au restaurant. Dany et Melanda du camping de St-Jean de Losne pour la gratuité de la nuité. Gilles, au look de rugbyman, sa femme Sylvie et leur fils Louka pour la gratuité du petit déjeuner dans leur restaurant de St-Jean de Losne. Christophe et Patricia, pour nous avoir permis de planter notre tente sur leur pelouse à Kanzag, mis à notre disposition WC et douche et nous avoir offert un super panier garni pour notre dîner. Stéphanie, Brigit et Joseph pour nous avoir permis de planter notre tente dans la cour de leur ferme près d'Ulm, et mis à notre disposition WC et douche. Frantz, l'ancien légionnaire et son compère Marco qui ont failli nous embarquer dans une bringue nocturne. Hirt, pour nous avoir permis d'installer notre tente derrière son restaurant à Deggendorf. Walter, appelé le bourgmestre qui nous a permis d'installer notre tente près de sa caravane et avec qui, nous avons parlé d'Europe. Joseph avec qui nous avons fait un bout de route sur les belles pistes cyclables de la Bavière. Michel et Vincent, deux canadiens de Québec et Montréal avec qui nous avons fait une partie d'une étape le long du Danube et avons échangé sur la maladie du syndrome de Wolfram. Florent et Pauline rencontrés au camping de Gyor. Ils avaient beaucoup de mérite à rouler à vélo avec leurs deux enfants en bas age, Amoury et Théotine vers la Mer Noire. Ils approchent de leur but, ils sont actuellement en Roumanie. Kevin et Cendrine en route pour Bratislava. Nous les avions rencontrés au camping de Vienne. Ils ont acheté en ligne quelques kilomètres. Ferdinand, web designer, et Evelyne, diplomate qui ont mis à notre disposition leur jolie maison à Bratislava. Suzana pour son superbe accueil dans son biker camp en plein centre de Budapest. Jean-Pierre le cyclo bruxellois, écrivain, avec qui nous avons rouler de Budapest jusqu'aux portes de fer en Serbie. Dragona et Alexandro pour l'excellent accueil dans leur joli Guest House au bord du Danube à Kovin. Wladimir, le premier bulgare que nous avons rencontré. Il a mis à notre disposition son propre lit. Il a cuisiné pour nous le dîner du soir et concocté un super déjeuner le matin. Il a rempli nos sacs de victuailles au moment du départ. Keiko et Matthew, chez qui nous avons été les premiers clients de leur jardin-camping à Alexandrvo. Martin et Shirley, le couple anglais propriétaire d'un camping à Bezar pour leur accueil et la gratuité de la nuitée. Nazzl notre ange gardien au Doruk camp notre petit paradis à Gumusyaka. Reyhan, Ertugrul et leurs filles Dilek et Yeliz pour nous avoir invité à prendre le thé dans leur cabanon. Et enfin Suleyman, l'acteur de cinéma et sa girlfriend Selin pour avoir mis à notre disposition leur propre chambre pendant trois nuits à Istanbul. La spontanéité de tous ces gens à nous aider et à nous héberger est extraordinaire et touchante. Comme le dit Nolwen dans l'un de ses messages, les pays traversés sont différents les uns des autres mais la fraternité de leurs habitants reste universelle. Donner sa propre chambre à des étrangers que l'on connait depuis cinq minutes, alors qu'il n'y a qu'une seule chambre dans la maison, est un geste de fraternité très fort que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

La ville d'Istanbul

Elle est unique au monde pour être à cheval sur deux continents. Coupée en deux par le Bosphore, un détroit reliant la Mer Noire à la Mer Marmara, la ville s'appelait autrefois Constantinople. Elle fut pendant 6 siècles la capitale de deux différents empires. Elle a été l'égale de Rome. Très cosmopolite, elle accueille aujourd'hui un grand nombre de réfugiés syriens. Elle était la finalité de notre périple. Nous voulions nous rendre à la porte de l'Asie à vélo. Notre mission est accomplie.

Merci à tous les lecteurs de notre Blog

Merci pour vos témoignages d'amitiés et vos encouragements, cela nous a fait beaucoup plaisir et nous a aidé dans les moments les plus difficiles. Merci aussi à ceux qui ont fait un don à l'association du Syndrome de Wolfram que nous avons parainé au cours du périple. Les dons collectés sur la route et la gratuité des nuitées sur les terrains de camping nous permettent de remettre à Nolwen, la présidente, un chèque de 250 euros. Nous ferons grimper encore le compteur des kilomètres vendus par des conférences et expositions à notre retour. Les premiers résultats des études cliniques sur les souris seront connus cette année. Espérons que ceux ci seront encourageants.

Nous terminons ce feuilleton de l'été par deux photos. La première nous montre dans l'effort sur une piste le long de la digue qui borde le Danube en Serbie.

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La seconde est prise à l'arrivée devant le pont Falti Sultan Mehmet qui joint l'Europe à l'Asie au dessus du Bosphore.

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Cette photo, avec un fond brumeux ressemble étrangement à celle de joinamerica devant le Golden Gate à San Francisco.

Lundi 4 août, à la descente du train à 12h13 à Lorient, nous enfourcherons à nouveau nos vélos pour rentrer à Maneran, comme si nous étions allés faire un tour au marché d'Auray ou d'Hennebont.

Jo et Huguette